Piotr Anderszewski, l’art d’un “voyageur intranquille”

Pour Piotr Anderszewski, “voyageur intranquille” (selon le titre du film que lui a consacré Bruno Monsaingeon), la musique naît d’une urgence brûlante. D’où la tension que suppose toute interprétation. Et une exigence de perfection épuisante. Ce qui explique sans doute sa décision de mettre un moment sa carrière entre parenthèses, comme il s’en explique dans l’entretien qu’il nous a accordé. 
Mais d’abord, portrait de cet artiste à l’exigence dévorante.

Concours de Leeds 1990. Un jeune pianiste polonais de 21 ans présente un programme original aux épreuves finales : les Variations Diabelli de Beethoven (plus d’une heure) et les Variations de Webern (quelque six minutes). A la moitié des Variations de Webern, le pianiste se lève et s’en va, à la stupéfaction déçue du jury vivement intéressé et qui le voyait déjà vainqueur. Le critique du Financial Times avait remarqué sa « vraie maîtrise de la structure globale que des pianistes bien plus expérimentés auraient enviée, et une concentration implacable et pénétrante ». Que s’est-il passé ? Qui connaît Piotr Ander-szewski ne peut que comprendre. C’est tout lui.

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