Les pianistes et la scène

Glenn Gould jugeait qu’elle était un « sport sanguinaire », Horowitz la craignait au point de s’en tenir éloigné pendant de longues périodes, Rubinstein s’y sentait à l’aise comme dans son propre salon. Les rapports qu’entretiennent les pianistes avec la scène sont complexes. Trois d’entre eux nous donnent leur point de vue.

D’un extrême à l’autre, les pianistes entretiennent avec la scène un rapport étroit et bien particulier. Etroit parce que, comme pour tout musicien, la scène est pour les pianistes un passage obligé, l’endroit “où les choses se passent”, précisément, avec le plaisir extrême qu’il peut y avoir à partager une émotion commune avec un public, mais aussi les craintes et aléas que cette situation “de direct” peut engendrer ; particulier parce que les pianistes sont les seuls ou presque à se trouver sur scène dans la solitude du récital. C’est que cette situation très étrange et profondément inéquitable – l’un seul d’un côté (le soliste), les autres en nombre de l’autre (le public, cette masse indistincte) –, si elle est à n’en pas douter stimulante, ne va pas forcément de soi pour tous. Le cas le plus célèbre est sans doute celui de Glenn Gould qui érigea au rang d’une philosophie le refus de jouer en public. Sans aller jusqu’à cet extrême (heureusement pour nous !), les anecdotes qui jalonnent l’histoire du piano (pianistes connus pour annuler leurs concerts au dernier moment, rituels avant l’entrée en scène, crises de trac…), le refus même de certains pianistes, à l’heure actuelle, d’être seuls en scène, laissent à penser que le statut de soliste est parfois lourd à porter et que le concert est un moment tout à fait particulier que chaque pianiste apprivoise à sa façon.

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