L’histoire du prélude

Au commencement était le luth. L’instrumentiste, avant de jouer, réglait son instrument, l’accordait et, accessoirement, se chauffait les doigts en jouant accords et arpèges dans la tonalité du morceau qu’il allait interpréter. Depuis, le prélude a fait du chemin, pour devenir une œuvre à part entière. Un peu d’histoire.

Le praeludium, un jeu avant le jeu, pratique commune aux luthistes, passa ensuite aux clavecinistes. Les exigences de l’instrument étaient autres, mais la fonction était identique. Bientôt, le prélude devint un genre faussement ingénu, faussement préludant. Il s’agissait de faire “à la manière” des luthistes et le prélude, en accédant au second degré de son histoire, devenait une composition en soi, avec cette particularité qu’il était en général non mesuré, à la manière de ceux des luthistes. Si la suite de danses qu’il introduisait était généralement définie par sa métrique, le prélude conservait son aspect quasi improvisé, permettait une grande liberté à l’interprète, se définissait aussi par sa liberté harmonique.

Du luth au clavecin

C’est bien cela que l’on entend dans les préludes de Louis Couperin (1626-1661). Ils n’introduisent à rien. Ce sont en quelque sorte des préludes purs. Pour Alan Curtis, ils constituent « l’un des exemples les plus séduisants d’improvisation contrôlée que l’on trouve dans toute l’histoire de la musique ». A première vue, la notation est déroutante : elle consiste en des rondes liées par deux ou par ensembles plus longs. Ce système de liaison est la seule véritable contrainte imposée à l’interprète. Sur ce canevas, le claveciniste a toute latitude pour imaginer ce qu’il entend. Par parenthèse, notons que cette pratique anticipe de trois siècles sur les formes plus ou moins aléatoires de la musique contemporaine.

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