Jazz à deux pianos

Rencontres au sommet entre géants, comme le furent au 19e siècle les grandes joutes du piano classique, les duos à deux pianos ont peu à peu conquis le domaine du jazz. A deux pianos… mais aussi à un piano plus un simple ordinateur portable, ou encore à deux claviers (acoustique et électrique) avec un instrument différent pour chaque main !

Le deux-pianos en jazz est, d’une certaine façon, une étrangeté. Car depuis les débuts historiques de cet idiome musical, les pianistes n’ont cessé de multiplier en solo les prouesses techniques pour parvenir à la création d’une image sonore proche du quatre-mains ou du deux-pianos.
Stéphane Grappelli s’y est d’ailleurs laissé prendre en 1949, la première fois qu’il entendit un disque d’Art Tatum ! Quel peut bien être dès lors l’intérêt de pratiquer le deux-pianos en jazz ? Le plus évident se trouve sans doute d’abord dans la pratique des jam sessions, ces réunions informelles au cours desquelles les jazzmen confrontent leur technique, dans un climat le plus souvent de saine émulation. Au lieu d’un défilé de pianistes autour d’un unique instrument, la présence de deux pianos permettait de réaliser l’équivalent des chases pour les vents, ces duels durant lesquels deux solistes improvisent en alternance sur un nombre limité de mesures. Hors de ces lieux peuplés d’initiés, la formule donnera aux programmateurs de concerts l’idée d’organiser des sortes de "rencontres au sommet" entre stars du piano, comme on le verra plus loin. L’autre raison de se tourner vers le deux-pianos est à chercher du côté de la composition. Comme pour la musique classique, avec cette formation, les jazzmen testent leur écriture, poussant jusqu’au bout leurs expérimentations.

Pour lire la suite de cet article (3108 mots):