Quelques pianistes grecs de la première moitié du 20e siècle

Télémaque Lambrinos (1878-1930) jouait le Konzertstück de Weber à 13 ans. Il avait étudié à Odessa, Munich et Berlin avec Teresa Carreño. Connu pour ses interprétations de Chopin et de Beethoven, il semble être le premier pianiste grec à avoir enregistré sur un piano mécanique en 1905 à Leipzig. Lambrinos a aussi été un pédagogue renommé en Allemagne.

Loris Margaritis (1895-1953) a donné son premier récital à l’âge de 8 ans à Munich. Il a étudié dans les conservatoires de cette ville et de Berlin, où il fut admis à 13 ans. Avec son épouse Ida, il a mené une importante carrière en duo. Il a enseigné au Mozarteum de Salzbourg et au Conservatoire de Salonique.

L’immense carrière de chef d’orchestre de Dimitri Mitropoulos (1896-1960) a évidemment occulté son activité pianistique. Il avait débuté pendant ses années d’étude au Conservatoire et il accompagnait souvent les grands solistes qui se produisaient à Athènes, avant d’être corépétiteur à l’Opéra de Berlin. En tenant simultanément les rôles de soliste et de chef d’orchestre, il avait interprété des œuvres de Bach, Respighi, Milhaud, Ravel (Concerto en sol), Malipiero, Prokofiev (3e Concerto), Krenek...

Marika Papaioannou (1904-1994) a été l’élève d’Isidore Philipp, Egon Petri et Artur Schnabel. Elle a été la première pianiste à jouer en Grèce la musique française de son temps ainsi que les œuvres de Nikos Skalkottas. Elle a eu une longue carrière de professeur au Conservatoire d’Athènes.

Gina Bachauer (1910-1976) a travaillé, après ses études à Athènes, avec Cortot et Rachmaninov. Premier prix du Concours international de Vienne, elle a mené une brillante carrière internationale.

Le Conservatoire de Paris a été obligé de modifier son règlement afin d’accepter dans ses classes Georges Themelis (1915-1997), pianiste non-voyant qui a eu son 1er prix en 1936. Il a étudié auprès de Marguerite Long et a eu une intense activité internationale de concertiste.

L’impressionnante discographie de Rena Kyriakou (voir article principal) comprend l’intégrale des œuvres de Mendelssohn, Albeniz et Chabrier ainsi que des œuvres de Bach, Soler, Haydn, Beethoven, Field, Chopin, Schumann, Dussek, Saint-Saëns, Pierné et quelques-unes de ses propres compositions. Pendant sa longue et brillante carrière, elle a joué en soliste sous les baguettes de Dimitri Mitropoulos, Georg Solti, Malcolm Sargent, Rudolf Kempe...

Lila Lalaouni (1918-1996) a débuté sa carrière en jouant le concerto de Schumann à l’âge de 8 ans. Elle a étudié à Vienne et à Berlin avec Artur Schnabel. Par la suite, elle a été élève de Marcel Dupré à l’orgue. Elle est l’auteur de deux concertos pour piano et orchestre.

Anna Antoniadou-Xydi (1919-1980) a étudié à Moscou, Athènes et Berlin. Sa carrière s’est surtout développée en Allemagne, jusqu’à la guerre. Elle a joué en soliste avec la Philharmonie de Berlin sous la direction de Carl Schuricht et Karl Böhm et a enregistré des œuvres de Chopin, Schumann, Moussorgski, Prokofiev et Albeniz.

Maria Hairogiorgou-Sigara (1921-2005) a étudié au Conservatoire d’Athènes et auprès d’Alfredo Casella, Isidore Philipp et Marguerite Long. Lauréate du Concours de La Haye en 1948 et 1er prix du Concours Long-Thibaud en 1949, elle a été par la suite un professeur très réputé au Conservatoire d’Athènes. Plusieurs compositeurs grecs lui ont dédié leurs œuvres.

Vasso Devetzi (1927-1987) a étudié à Salonique, en Autriche, en France (avec Marguerite Long) et en Allemagne. Elle a mené une importante carrière internationale, a collaboré avec David Oistrakh, Mstislav Rostropovitch et Rudolf Barshai et a laissé de nombreux enregistrements, allant de Bach à Sauguet.

Il faut aussi mentionner Tasso Yiannopoulos (1898-1970), qui se produira fréquemment sous le nom de Yanopoulo, accompagnateur permanent d’Eugène Ysaÿe et de Jacques Thibaud.

Il accompagne aussi Fritz Kreisler, Nathan Milstein, Gino Francescatti, Pablo Casals, Kirsten Flagstad et Ninon Vallin...

Le travail des pianistes grecs mentionnés ici n’a pas encore été jugé à sa juste valeur. La difficulté d’accès aux archives privés, la rareté des enregistrements commerciaux et l’absence de promotion dans les médias et la presse musicale internationale ont maintenu le jeu de ces artistes dans l’obscurité.

Lorenda Ramou