Dictionnaire des pianistes russes

Quel pays peut se vanter d’aligner un si grand nombre de pianistes de grand talent, des années 1900 à nos jours ? Il est vrai que l’ancienne URSS regroupait de multiples nationalités. Sous la terreur stalinienne, l’art était salvateur et l’école russe était sans égale dans le monde. Ainsi sont nés des centaines de talents. Mais à quel prix !

Ce dictionnaire des pianistes de grand talent, voire de génie – sans doute le plus riche au monde – est pourtant incomplet. Car l’histoire des pianistes russes ou issus de l’ancienne URSS est celle des déchirements et des disparitions. Combien d’artistes de talent, dont nous ne saurons jamais les noms, furent étouffés et sacrifiés par le régime stalinien ?
Pourtant, Lénine eut un mérite : il refusa de faire table rase de la culture, estimant qu’elle était aussi bien la propriété du prolétariat que celle de la bourgeoisie. Si les artistes en général (compositeurs, peintres, écrivains…) étaient étroitement surveillés dans leurs créations, les musiciens interprètes, s’ils se conformaient strictement à l’ordre établi, pouvaient jouer Beethoven ou Chopin “librement”.
On trouvera dans ce dictionnaire les noms de pianistes ayant fui le régime communiste dès ses débuts, comme Vladimir Horowitz, d’autres ayant réussi à “choisir la liberté” au péril de leur vie et de celle de leurs familles, d’autres encore s’accommodant plus ou moins de leur condition contraignante d’artiste du peuple aux mille médailles, d’autres enfin n’hésitant pas à dénoncer leurs camarades…
La plupart ont eu une vie difficile, parfois au-delà du soutenable. Cependant, ils sont restés fidèles – et cela les a sauvés – au culte du beau, de la rigueur, du travail, de l’effort, mais aussi de l’imagination et de la poésie. Tous sont allés, au-delà de la musique, rencontrer les autres arts. Cela créait un univers particulier où seul existait l’art… Certains étudiants étrangers, comme Brigitte Engerer, en gardent la nostalgie…
Ils s’étaient exilés autrefois. Ils viennent aujourd’hui librement dans nos pays, souvent mus par des contraintes économiques. Les pianistes de “l’école russe”, car ils sont aussi à présent géorgiens, ukrainiens, lituaniens, moldaves, ouzbeks ou kazakhs… font encore rayonner le grand art du piano dans le monde entier. Il suffit de regarder les résultats des concours internationaux !
On ne souhaite à personne de vivre ce qu’ont vécu ces pianistes. Mais nous leur sommes reconnaissants de ce qu’ils ont apporté à leurs compatriotes, comme au monde libre. Espérons que les pianistes de “l’école russe” garderont ce qui, au-delà des souffrances et des persécutions, a fait leur “valeur ajoutée” : un travail intense, un répertoire très vaste, et, surtout, cette immense culture littéraire et artistique qui a permis à leurs aînés non seulement de survivre, mais aussi de se dépasser. Une culture que les pianistes asiatiques ne possèdent pas encore, et que nous-mêmes sommes peut-être, hélas, en train d’oublier.

Les articles de ce chapitre :

Pianistes russes de légende

Les pianistes russes d’aujourd’hui

La jeune génération issue de l’école russe