Travailler le 5e Prélude de Rachmaninov

Le 5e Prélude opus 23 n° 5 de Rachmaninov est une œuvre phare du répertoire de musique russe. Il évoque la force et l’immensité de ce pays, la puissance et la richesse de sa culture. Alexandre Sorel nous dit comment le travailler sans se laisser emporter par la passion qu’il recèle.

Rachmaninov a composé deux cycles de préludes, respectivement 10 Préludes opus 23 (dont fait partie l’œuvre que nous proposons) et 13 Préludes op. 32. Si on y ajoute une courte pièce isolée, le Prélude en ut dièse mineur, cela donne vingt-­quatre préludes… Comment ne pas penser à son prédécesseur Frédéric Chopin, dont le cycle atteint d’incomparables sommets ? Scriabine lui-même, avec ses 24 Préludes op. 11, s’est illustré dans le genre.
Le prélude qui nous occupe aujourd’hui fut composé par Rachmaninov en 1901, tandis que la rédaction de l’ensemble de ces pièces se déploie jusqu’à l’année 1910.

Une œuvre trop connue ?

Avec ce 5e Prélude, nous sommes en présence d’une œuvre célébrissime, dont la popularité a le don d’agacer certains. Il est vrai que cette pièce, très souvent jouée à travers le monde, pour ne pas dire rabâchée, est parfois mal interprétée, au point que le message qu’elle nous livre peut prendre des allures d’insupportable cliché. Cela veut-il dire qu’il ne faut pas aimer ce morceau ? Ce n’est pas notre avis. Ne boudons pas notre plaisir. Quoi qu’il en soit, le meilleur antidote est sans doute d’écouter le compositeur lui-même interpréter son œuvre. Car n’oublions pas que Rachmaninov fut un extraordinaire pianiste. Sa version est dépouillée de tous les oripeaux qui, par la suite, ont nui à ce prélude. Elle nous éclaire, mais avec retenue et pudeur, sur le caractère qu’il a indiqué en tête de sa partition : Alla marcia. Voilà une belle leçon de piano !
Voyons d’abord le caractère.

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