De la virtuosité, à la modernité

Dépassant le rôle de l’interprète, des compositeurs-pianistes cultivent parfois un genre étrange : le commentaire pianistique des musiques des autres. Ainsi Liszt, avec ses Paraphrases sur… Busoni, dans les Transcriptions de… Godowsky et ses Etudes d’après… Ces œuvres ont ouvert la voie à la musique la plus contemporaine.

Au commencement était Liszt. Pendant longtemps, même après sa mort, Je compositeur prophétique a été occulté par le virtuose des Rhapsodies Hongroises et Je héros romantique tapageur. Mais on sait aujourd’hui qu’il fut, peut-être plus que son gendre Schoenberg, et en tout cas de manière moins spectaculaire, un des grands accoucheurs de la modernité. Bartok et les Hongrois de notre siècle l’ont élu pour ancêtre et les atonalistes se sont émerveillés de la Bagatelle sans tonalité qui ouvre des horizons nouveaux, tandis que Nuages gris, à la même époque laisse présager Brouillard ou Cloches à travers les feuilles. Ce que nous proposons ici n’est cependant pas de prouver la modernité de l’écriture lisztienne, ce que de nombreux musicologues ont déjà fait (et notamment parmi les textes aisément accessibles, on lira avec profit l’article de Marta Grabocz, in Silences n°3, n° spécial Liszt, 1986) mais de montrer que non seulement l’écriture mais aussi la technique pianistique lisztienne ont engendré un mouvement de composition et d’interprétation qui débouche tout droit sur les questions fondamentales de notre siècle. On s’intéressera particulièrement à deux créateurs-interprètes, Busoni et Godowsky. Ils ne furent pas les disciples de Liszt, mais reçurent son message et poursuivirent leur quête esthétique dans la voie qu’il avait tracée.

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