L’œuvre pour piano de Brahms

Il y a un siècle disparaissait Brahms. Compagnon de toujours, le piano a recueilli les confidences émouvantes de ses dernières années. La profondeur d’inspiration de l’œuvre de clavier du maître allemand et sa richesse poétique vont de pair avec la perfection d’un style hautement personnel, recelant beaucoup plus d’innovations qu’il ne parut à ses contemporains. Vouée essentiellement à l’expression, cette œuvre de haute tenue est, pour l’essentiel, à la portée de tout amateur de bon niveau.

L’art de Brahms est bien de ceux qui ne “paient pas de mine” et son œuvre pour piano est loin de dispenser des séductions aussi apparentes que celles de ses contemporains ou prédécesseurs immédiats. Brahms n’a guère cultivé les “pluies de perles” et les halos d’arpèges nimbés de pédale qui confèrent à tant d’œuvres de Chopin ou de Liszt leur envoûtante magie. A une exception près (Ballades op.10), il s’est refusé à la veine pittoresque de la pièce de genre romantique, dont le caractère évocateur fait tout le charme des Pièces lyriques de Grieg et dont Schumann avait donné des modèles du genre avec les Phantasiestücke et le Carnaval. Et rien ne se situait plus à l’opposé de sa nature que les élégances et le brio factices de la pièce de salon dont d’innombrables fabricants gratifiaient alors à peu de frais un public d’amateurs mondains. A la différence de ces trois courants de la musique romantique pour piano, qui reposent sur une interférence non négligeable avec le monde extérieur dans la mesure où elles privilégient le brio du virtuose, l’évocation d’éléments étrangers à la musique, ou le rôle social de cette dernière (le “salon romantique”), l’œuvre pour piano de Brahms ne procède que d’une nécessité intérieure : celle de donner à l’inspiration la forme la plus appropriée à son expression. Sa plénitude repose sur ce parti pris de sobriété : avant tout une musique du nécessaire, elle se refuse à toute note superflue, ou purement décorative, qui ne viserait pas à fournir à l’idée musicale l’incarnation la plus pertinente en en tirant le maximum de parti sur le plan de l’expression.

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