Chopin cet inconnu : plaidoyer pour un adolescent

Né il y a deux cents ans, Chopin a très vite connu la gloire et n’a cessé depuis d’être au répertoire de tous les pianistes professionnels ou amateurs. Pourtant, certaines de ses œuvres de jeunesse, non dénuées d’intérêt, ne sont presque jamais jouées. Oui, il existe encore un Chopin inconnu, à découvrir.

Avec le temps, la perception que nous avons d’un grand artiste s’organise autour d’un certain nombre de grandes œuvres qui en constituent en quelque sorte le portrait esthétique (cette réflexion est aussi valable pour les peintres, les écrivains…). L’ensemble d’une production comporterait un centre (les grandes œuvres) et des marges (pages de jeunesse et menus morceaux). C’est encore plus vrai en musique, dans la mesure où cet art ne vit que de communication institutionnelle, sociale et commerciale, par le concert ou l’enregistrement, et que le centre serait donc surévalué pour des raisons évidentes de diffusion.
Par exemple, l’image centrale que le temps a conservée de Chopin s’est formée pour l’essentiel à partir des œuvres composées après son installation à Paris. Presque tout ce qui précède l’année 1831 est rassemblé dans la catégorie des œuvres de jeunesse que l’on se dispense en conséquence de trop diffuser, ce qui sous-entend que tout ce qui a été composé avant cette période, quoique méritoire, n’égale pas la Sonate “funèbre” ou les Préludes. Bref, que le compositeur, certes très doué dès l’enfance, ne serait pas encore « en possession de ses moyens ». En raisonnant ainsi (et la même chose serait vraie pour n’importe quel autre grand compositeur), on prive les chefs-d’œuvre de la maturité de leur “base arrière” (car ils ne sont pas nés de rien) et, plus généralement, on prive le compo­siteur lui-même de ses racines culturelles. Que l’on étudie par exemple les œuvres adolescentes de Chopin, de Schumann et de Mendelssohn, trois artistes exactement contemporains, et l’on découvrira trois “histoires” singulières, irréductibles l’une à l’autre.
Il ne s’agit donc pas de se répandre en paradoxes snobs et d’affirmer que la 1re Sonate de Chopin, très méconnue, surpasse les deux autres, très connues, mais de retracer un parcours original à travers les nombreuses œuvres de Chopin composées avant sa majorité.

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