La modernité de Pollini

On dit de Pollini qu’il est un pianiste “moderne” : en quoi consiste cette modernité ?

Pollini est un pianiste qui a porté à son meilleur la redéfinition de l’interprète qu’a initiée la musique contemporaine. Cette redéfinition correspond à un besoin — celui des auditeurs et celui des compositeurs, les uns d’entendre ce qui est écrit, les autres, ce qu’ils ont écrit — et non à un ajout, à une surimposition de beau (l’interprétation) sur du beau (l’œuvre), du génie redoublé. L’interprète de musique moderne a une fonction à remplir (et non une place à conquérir), une fonction précise, vitale : faire entendre ce qui est (pensé) pour que ce soit (compris). Le pianiste “classique” — qui ajoute une 100e version des Sonates de Beethoven sur les 99 préexistantes — affronte le problème inverse : se distinguer par un plus, ajouter une dimension supplémentaire… Pollini réussit le tour de force d’être “utile” à Beethoven ou Brahms comme à Schoenberg ou Boulez. En fait, c’est un “Urpianiste”.

Pour lire la suite de cet article (563 mots):