Marcel Proust, éloge de l’amateur

Au temps de Proust, quand le disque n’existait pas, on ne pouvait connaître la musique qu’en la jouant soi-même tant bien que mal. Moments de rêverie, de déchiffrage heureux, qui font la “mémoire musicale”.

Un jeune homme — le narrateur — attend celle qu’il aime. Pendant ce temps, il se met au piano. Il n’est pas pianiste, mais il joue quand même : « Profitant de ce que j’étais encore seul et fermant à demi les rideaux pour que le soleil ne m’empêchât pas de lire les notes, je m’assis au piano et ouvris au hasard la Sonate de Vinteuil qui y était posée, et je me mis à jouer. » (La Prisonnière)
Le piano, c’est un peu comme une langue morte : on l’a su, on le sait un peu. Tout le monde ne peut pas être latiniste. Mais l’esprit, à défaut des doigts, travaille, reconstitue, comme les archéologues qui recollent interminablement des tessons rarement jointifs. La musique est là, sur le piano, et non pas dans les sons qui en Sortent maladroitement. Curieux appareil à musique, si difficilement maniable… Mais enfin, quand on appuie, ça fait une note. Qu’importent la finesse du toucher, la précision de la vélocité !

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