Chopin le solitaire

Français ou polonais ? Classique ou romantique ? Novateur ou conservateur ? Voilà un siècle et demi que l’on débat – en vain – sur ces inutiles questions. Perspectives biographiques et portrait d’un compositeur qui prête à malentendus et aux ambiguïtés.

Un grand artiste vaut mieux que ceux qui le commentent et il est fondamentalement seul, alors que tant d’âmes bien intentionnées veulent se l’annexer, à titre “anthume” ou posthume. Il semble clair pour tout le monde, les interprètes, les musicologues, le public, que Chopin est non seulement un romantique, mais le romantique. Son arrivée à Paris, en 1831, coïncide avec les débuts de la monarchie de Juillet, dans les fumées encore mal éteintes des émeutes des Trois Glorieuses. C’est l’époque de la bataille d’Hernani, de la Symphonie fantastique, bref, c’est le temps du romantisme flamboyant. Sa mort, l’année qui suivit la chute de Louis-Philippe et l’établissement d’une éphémère république, coïncide à peu près avec la fin de cette époque. Une autre période s’ouvre : pour le grand public, l’ère Gounod, avec sa sentimentalité bourgeoise, va bientôt occulter l’ère Meyerbeer, avec ses excès, son pathos et ses folies vocales, et cela va coïncider avec une certaine démocratisation de la musique. Faut-il dire que Chopin fut étranger à tout cela, aux événements politiques comme aux grands courants de la mode musicale, poétique et théâtrale ?

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