Chopin pédagogue

Mondialement considéré comme l’un des grands spécialistes de Chopin, Jean-Jacques Eigeldinger a publié deux grands ouvrages de référence : “Chopin vu par ses élèves”, et, plus récemment, “Frédéric Chopin, esquisses pour une nouvelle méthode de piano”. Il répond ici à la question : quelle était, pour Chopin, l’importance de la pédagogie du piano par rapport à son activité de compositeur ?

Il faut tout de suite souligner que, chez Chopin, il y a une unité de toute la personne. L’improvisateur, le compositeur, le pianiste et le pédagogue sont indissociables. Ils ne font qu’un. Bien plus, il est indéniable que cette activité de pédagogue revêt pour lui une importance toute particulière. Chopin a été un professeur très recherché et difficilement accessible, et ses leçons de piano acquirent à Paris et dans toute l’Europe une célébrité extrême. Quant aux raisons de cette importance de l’enseignement pour Chopin, il faut y voir sans doute une certaine compensation des concerts qu’il avait pratiquement cessé de donner passé 1835. C’est là une sorte d’ersatz de l’estrade. A compter de cette date, en effet, à part les notables exceptions de 1841, 1842, et 1848 à Paris, Chopin renonce au concert et c’est pourquoi il choisit, pour compenser sans doute, d’être célèbre en d’autres lieux, en particulier auprès de tout un cercle, celui de ses élèves et de l’aristocratie qui l’entoure. Quand il fait le compte rendu du concert de Chopin en 1841, chez Pleyel, Liszt rapporte en substance : « Chopin jouait comme chez lui. » Il y a donc tout un circuit, un cercle d’élèves et d’admirateurs qui entourent Chopin. L’enseignement est donc très important pour Chopin, au sens le plus large du terme.

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