François-René Duchable : cartes sur table

« Je parle simplement avec plus de franchise, de véhémence que d’autres… » Rejet du disque, de la “souillure de l’audiovisuel”, de la musique de chambre…, François-René Duchable dévoile, avec un brin de provocation rafraîchissante, son rapport fâché au siècle.

On vous présente souvent comme un archétype de l’école française. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
J’ai d’abord ma personnalité. Si j’avais vu le jour en Russie, j’aurais peut-être été “noyé” et je ne serais qu’un obscur professeur de Nijni-Novgorod. Il y une part de chance, de destin dans le fait d’émerger, de parvenir à s’exprimer. J’ai bénéficié d’une reconnaissance précoce. Pour d’autres, elle n’est parfois intervenue qu’extrêmement tard. Regardez l’attitude du public français vis-à-vis d’un Horszowski, d’un Bolet ou d’un Arrau… Je suis évidemment un représentant de cette école française qui met l’accent sur la technique, la vélocité, le perlé, puisque j’ai travaillé en France avec des professeurs qui ont développé cette dimension plutôt que le côté profond du jeu, comme cela aurait été le cas si j’avais étudié en Allemagne, ou plutôt qu’un jeu plus spectaculaire, plus “acrobatique”, dont j’aurais pu m’imprégner si j’avais été formé en Russie. Mais j’avoue que je ne connais pas bien ces problèmes d’écoles et que le piano. en tant qu’instrument, ne m’a jamais intéressé. J’aime le piano dès lors que je l’oublie, et je trouve épouvantable le culte, l’idolâtrie qu’on lui voue parfois. Un instrument de musique, c’est le prolongement de soi. Il n’a d’intérêt que si l’on parvient à cette transparence que je recherche dans mon travail d’interprète.

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