Schubert, les vingt sonates (1815 à 1828)

Il n’est jamais aisé de se retrouver dans le monde des sonates de Schubert : les diverses éditions (papier ou disques), les divers systèmes de numérotation, les numéros d’opus fantaisistes ne simplifient rien (y a-t-il quinze, vingt et une, vingt-trois sonates ?). Le fait que trois sonates seulement aient été publiées du vivant du compositeur laisse planer quelques doutes sur ses intentions réelles : certaines hypothèses peuvent se présenter.

Avant 1817

Les trois premières sonates de Schubert, peu connues, presque jamais données en concert, sont moins uniformément schubertiennes que les sonates op.2 de Beethoven, par exemple, ne sont déjà “beethovéniennes”. Pourtant, certains traits caractéristiques apparaissent déjà.
Sonate en mi majeur D.157 (février 1815)
L’œuvre pianistique de Schubert – qui a alors 18 ans – s’ouvre de la manière la moins schubertienne possible. Le puissant premier thème semble échappé d’une toccata baroque. En revanche, le second, souligné de légères appoggiatures, a une transparence, une vivacité que l’on retrouvera sous diverses formes dans de nombreuses œuvres ultérieures. On resterait cependant dans un brio de surface si l’Andante n’apportait pour la première fois un authentique climat schubertien. On trouve dans cette magnifique page des climats affectifs embrumés, la résignation, un paysage intérieur fait d’abattement et de soudaines échappées de lumière. Le Menuet est moins dense, d’une verdeur plus populaire qu’aristocratique, et le final fait défaut, comme si le jeune Schubert s’était découragé trop vite devant cette sonate déjà très (trop ?) variée.

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