Schubert, l’œuvre pour piano à quatre mains : les lettres de noblesse d’un genre

Schubert goûtait particulièrement le quatre mains, une formation qui, pourtant, ôte à chaque interprète la moitié de son instrument… Loin de n’écrire pour le quatre mains que des pièces pédagogiques ou des transcriptions, le compositeur semble avoir confié aux vingt doigts le meilleur – et parfois le plus difficile – de ses inventions pianistiques. Après une présentation de l’ensemble de J’œuvre à quatre mains de Schubert, Christian Lorandin en établit le catalogue et propose une analyse de la Fantaisie en fa mineur D940 et de la Sonate en ut majeur D812.

«Le jeu à quatre mains semble destiné à rendre les interprètes, sinon les auditeurs, malheureux. » Cette réflexion en forme de boutade d’Alfred Brendel pose, dans une certaine mesure, une des problématiques du piano à quatre mains : un genre quelque peu inconfortable. Ou encore un genre d’agrément pour jeunes filles de bonnes familles ou pour pianistes peu accomplis. Et si c’était plutôt un genre très exigeant et peut-être spécifiquement autrichien, pour ne pas dire viennois ? Mozart, Beethoven, Brahms et… Schubert. Autant de chefs-d’œuvre boudés, à de rares exceptions près, par les “grands” pianistes. Certes, il est parfois difficile de faire cohabiter deux instrumentistes sur un piano. Le pianiste n’est pas prêteur, en effet, surtout de la moitié de son clavier. Cela dit, le répertoire existe, servi parfois par des associations magnifiques, souvent familiales : Artur et Karl-Ulrich Schnabel, Radu Lupu et Murray Perahia, Emil et Elena Guilels, le regretté Duo Crommelynck et même… Alfred Brendel et Evelyne Crochet.

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