Jean-Sébastien Bach, l’œuvre pour clavier

L’œuvre pour clavier (orgue non compris) de Bach est immense et variée. Mais un projet constant traverse ce foisonnement. Qu’il s’agisse des Inventions, du Petit Livre pour Wilhelm Friedemann Bach ou des Variations Goldberg, ces pièces sont toujours, au-delà de leur qualité de chefs-d’œuvre, des exercices, destinés aux “claviéristes” ou aux compositeurs. L’extraordinaire est que cette production continue d’être essentielle, tant dans l’enseignement du piano que dans celui de l’écriture.

Il peut paraître paradoxal qu’une revue spécialisée dans le piano consacre une aussi large place à un compositeur qui n’a jamais connu cet instrument. C’est là l’ambiguïté de la musique de clavier de Bach : conçue pour le clavecin ou le clavicorde, elle a été révélée à l’auditeur moderne, elle se sera dévoilée à quasiment tous les apprentis musiciens par le piano. Réglons donc une bonne fois pour toutes et d’emblée cette question, objet de débats sans fins. Bach est-il pensable au piano sans trahison ? Oui, évidemment, pour au moins deux raisons. La première paraîtra peut-être intellectuellement peu solide, mais elle saute aux yeux. De même que le mouvement se prouve en marchant, la validité de l’interprétation de Bach au piano se prouve par les interprétations des pianistes eux-mêmes, qui, depuis le 19e siècle jusqu’à nos jours, l’ont interprété ainsi en toute liberté… et avec quelle diversité ! Il suffit de comparer les Variations Goldberg par Wilhelm Kempff et Glenn Gould pour mesurer l’envergure des possibilités. Murray Perahia le confiait récemment au magazine Répertoire : « Je ne vois que des avantages [au piano moderne], le principal étant la dynamique, si essentielle, non seulement pour maintenir le plaisir de l’auditeur (qui aime la variété du son), mais aussi pour mieux faire ressortir les moments de tension et la construction de la musique, ce qui rend aussi l’écoute plus facile. »

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