Bach est-il chinois : entretien avec Zhu Xiao Mei

Difficile d’imaginer une interprète plus exigeante, plus secrète aussi que Zhu Xiao-Mei. Les années noires de la révolution culturelle, les cinq années de camp de travail en Mongolie ? La pianiste balaie le sujet d’un revers de main, pour évoquer plus sereinement sa grande passion : Bach, dont elle a offert l’intégrale des partitas à Paris au printemps. Deux mots résument son interprétation : simplicité et générosité.

Evoquer la passion de Zhu Xiao-Mei pour Bach, c’est remonter au tout début de sa formation musicale.
« Je gardais toujours Bach pour la fin. Après six ou sept heures de travail épuisant, sa musique était une sorte de friandise et m’apportait réconfort et force. Plus tard, j’ai compris que la magie qu’exerce Bach est le fruit du naturel, d’un sens toujours présent sans aucun artifice. Je dis souvent que Bach est chinois – et bouddhiste ! Quelle équilibre, quelle noblesse dans son propos. Je me sens extrêmement proche de la quête de paix et de sérénité qui l’anime.
Scarlatti que j’apprécie énormément possède lui aussi d’ailleurs une dimension “asiatique”. Il respire la gaieté et la simplicité. Lorsqu’il lui arrive d’être triste, ce n’est jamais avec lourdeur, avec pathos. Même lorsqu’il a les larmes aux yeux, il sait esquisser un sourire. Dans la philosophie bouddhiste, il faut rire, ne pas dramatiser l’existence, prendre les choses avec distance et détachement – ce qui ne veut pas dire superficialité.

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