Charles Koechlin, musicien indépendant

Alliance de spontanéité et de science réfléchie, la musique pour piano de Charles Koechlin (1867-1950) évoque le monde féerique de l’enfance, ou explore plutôt un univers sonore tout en arabesques.

Au sein du très grand nombre d’œuvres laissées par Charles Koechlin, le piano occupe une place de choix. Non seulement le compositeur ne lui destina pas moins d’une vingtaine d’œuvres – la plupart rassemblant un nombre considérable de pièces –, mais le piano constituait chez lui une étape importante du processus compositionnel. Même s’il écrivait en général “à la table”, certains passages étaient testés au piano, afin de s’assurer de la cohésion des progressions harmoniques, une vérification particulièrement nécessaire lorsque se trouvaient en cause les complexes édifices polyharmoniques dont abondent les grands poèmes symphoniques qui restent l’achèvement suprême de son art.
La plupart des compositions symphoniques connaissaient un stade préorchestral : une version pianistique simplifiée attribuant soigneusement à chaque note un ou plusieurs instruments de l’orchestre. A l’inverse, certaines œuvres pour piano constituèrent un stade initial connaissant par la suite un aboutissement à l’orchestre : la seconde version de la Ballade adjoignit l’orchestre à une partie de piano notoirement élaguée, ou profusion richement décorative des Heures persanes se parant des irisations d’une orchestration d’un suprême raffinement. Le poème symphonique à la mémoire de Camille Flammarion, Vers la voûte étoilée op.129, tira son origine d’un grand Nocturne pour piano en mi bémol mineur, entrepris en 1923 en hommage à Chopin. De plus, les orchestres très amples mis en œuvre dans les œuvres symphoniques incorporèrent très tôt le piano en tant que couleur additionnelle du timbre orchestral. Soleil et danses dans la forêt (1911), Nuit de Walpurgis classique (1916) ou Etudes antiques (1910) en fournissent des expériences particulièrement précoces. Enfin, dans les nombreuses sonates associant le piano à d’autres instruments, le clavier, loin de se cantonner dans un rôle d’accompagnement, est traité à égalité avec le “soliste” : la profusion de la difficile partie de piano dans la Sonate pour piano et violon ou le Quintette pour piano et cordes attestent de l’imagination et des ressources variées à l’infini de l’écriture pianistique de leur auteur.

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