Beethoven, l’inconnu illustre

Qui était Beethoven ? Son image est aujourd’hui brouillée et on ne le sait plus bien. Jadis, sur le piano de tant de bonnes familles, trônait, figé dans le bronze ou dans le plâtre, son buste austère et tourmenté. C’était là une image mythique, tardive certes, mais les mythes se constituent lentement… Le mythe beethovénien s’est construit peu à peu pendant tout le 19e siècle. Aujourd’hui encore, il hante et féconde notre imaginaire musical.

La biographie beethovénienne mythologique parcourt une trajectoire exemplaire. C’est un enfant pauvre et maltraité par son père (ivrogne), qui perd sa mère (aimante) trop tôt. Très doué, il est lancé dans le grand monde qu’il ravit et épouvante par ses audaces. Il compose, dans le bouillonnement et la fureur intérieure, une série ininterrompue de chefs-d’œuvre où il se fait successivement le chantre de l’héroïsme, de la lutte contre le destin, de la nature, de l’amour de l’humanité, de l’amour conjugal, de la joie, plein des idéaux de la Révolution française, disant leur fait aux aristocrates (« Des princes, il y en a des milliers, il n’y a qu’un seul Beethoven ! »). Mais comme le monde est méchant, le compositeur, délaissé par une société frivole, meurt seul, pauvre et aigri après avoir laissé quelques ultimes chefs-d’œuvre que seule une élite future appréciera à leur juste valeur.
Cela, c’est le mythe, à la fois politique et éthique.

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