Beethoven : La Sonate “Pathétique”

Les sonates de Beethoven sont d’une telle richesse qu’une pluralité d’approches ne saurait en épuiser ni l’intérêt ni la signification… C’est en particulier le cas dans une œuvre clé comme la sonate “Pathétique” (1798-1799). Grégoire Hetzel, qui donne ici l’analyse du premier mouvement de cette sonate, y discerne une rhétorique typiquement beethovénienne : le jeu des “symétries brisées”. Sylvie Huguenin montre l’aspect à la fois classique et novateur deux derniers mouvements.

epères. Le contexte historique est difficile pour les Autrichiens : le traité de Campoformio (octobre 1797) entérine la domination française sur le pays. Mais Beethoven admirait Bonaparte et, davantage, l’esprit révolutionnaire. Plus tard, il écrira la Symphonie héroïque en pensant à cette atmosphère de réformes, de progrès pour l’humanité, et la dédicacera au « souvenir d’un grand homme ». Une fois Bonaparte devenu Napoléon Ier, Beethoven n’y croira plus et déchirera sa dédicace. La langue de bois n’est pas passée… Il y a dans la Pathétique beaucoup d’éléments révolutionnaires : d’abord une certaine violence, que l’on reçoit de plein fouet à l’écoute, dès le f/p du premier accord, grondant, en ut mineur. Le dernier accord du mouvement est exactement le même que le premier. Mais le chemin parcouru entre les deux est impressionnant. Tout le mouvement naît d’une idée et d’une seule : cet accord d’ut mineur. On pourrait même dire : la sonate entière naît de cette idée-là.

Au foyer des Brunswick

Dans les années qui nous intéressent, Beethoven entame sa vie à Vienne, et il en semble heureux. Il a de nombreux amis, comme le violoniste Karl Amenda, qui tissera d’intimes liens essentiellement musicaux avec Beethoven. Mais surtout, il rencontre les Brunswick et leurs filles, après l’échec de sa demande en mariage auprès d’une demoiselle Magdalena Willmann. Celle-ci l’éconduira et en donnera la raison : « Il est trop laid et trop fou. » Lapidaire, mais compréhensible… Les Brunswick vont l’aérer, le rassurer et il se sentira bien chez eux. Ils sont hongrois, ont cinq enfants dont quatre filles. Beethoven donnera des leçons aux demoiselles et s’attachera plus précisément à Joséphine et Thérèse. Certainement, les Brunswick, comme plus tôt les Breuning, auront donné à Beethoven la sensation d’appartenir à une famille que l’alcool ne ravageait pas, où la chaleur était palpable, et les armes enfin déposées… Dans un tel contexte affectif, Beethoven est capable de la plus grande douceur. Ce sentiment-là est aussi présent dans la Pathétique : ainsi, le deuxième mouvement est une longue détente des tensions du premier. Et, à l’intérieur de ce chant, les sfz n’ont plus le même sens que quelques pages auparavant.

Pour lire la suite de cet article (21 mots):