Beethoven : La Sonate “Appassionata”

Comment aborder à première lecture – en travaillant le plus “intelligemment” possible, sans gaspiller son temps ni son énergie – le premier mouvement de l’Appassionata. Telles sont les questions auxquelles Alexandre Sorel se propose de donner quelques réponses, à partir de passages-clés.

Bien entendu, il serait vain de vouloir épuiser ici toutes les difficultés du premier mouvement de ­­l’­Ap­passionata. Le propos ne sera pas non plus ici d’en livrer une analyse théorique et livresque (ennuyeuse ?). J’ai plutôt choisi de privilégier ici quelques passages clés pianistiquement parlant, à la fois sur le plan technique et musical, et de proposer quelques solutions aux problèmes qu’ils soulèvent.
Cela étant posé, il va de soi que pour “interpréter” véritablement l’Appassionata, lui donner toute sa portée musicale et humaine, un long cheminement intérieur et une maturation sont nécessaires. Il en est d’ailleurs de même pour toutes les dernières sonates de Beethoven, source de réflexion pour toute une vie de musicien. Qui pourrait prétendre sans être naïf ou inconscient en avoir véritablement épuisé les secrets en quelques mois ? Rappelons seulement ce mot prononcé par Yvonne Lefébure lors d’un cours d’interprétation qu’elle donnait salle Cortot : alors que l’un de ses jeunes élèves venait à peine de se jeter avec feu dans les premiers accords de la sonate op.111, à la stupeur générale, elle l’interrompit brutalement au bout de quelques notes. La foudre elle-même venait d’être coupée dans son élan… Le silence se fit alors, terrifiant, et la grande pianiste déclara sur un ton qui n’eût souffert aucune réplique : « De toutes façons, avant de commencer, jeune homme, souvenez-vous que personne n’est à la hauteur de la 111 »… Cette redoutable sentence pourrait évidemment s’appliquer aussi à l’Appassionata.
Puissent donc ces quelques conseils très pragmatiques pour aborder la “lettre” de l’Appassionata s’avérer utiles, sachant que tout musicien sérieux se préoccupera ensuite, bien entendu, d’approfondir sa culture beethovénienne et sa culture générale s’il veut vraiment en saisir “l’esprit”.

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