La réécriture

Au piano, la liberté du geste est souvent associée à la capacité du “par cœur”. Mais la mémorisation de certaines œuvres est très difficile. Pour ces œuvres-là, il existe une autre technique d’assimilation : la réécriture de la musique avant le travail proprement pianistique. Outre sa capacité de donner à la lecture une aisance exceptionnelle, la réécriture constitue une approche aussi intime que possible de l’œuvre. Exemple : l’Invention à trois voix n° 9 de Bach.

Dans certaines partitions, la dimension instrumentale joue un rôle secondaire par rapport à l’écriture elle-même. Cette apparente contre-vérité concerne déjà la plus grande partie de la musique contemporaine. Ce dont d’ailleurs on ne se lasse jamais, à tort, de lui faire reproche. Mais, même dans le répertoire ancien, il existe des pièces qui ne “tombent pas sous les doigts”.
En un sens, la prééminence de l’instrumentiste, de son geste, de la mise en valeur de son instrument et de son jeu apparaît propre à une période de l’histoire de la musique bien précise, celle qui va de Mozart à Brahms, pour donner des limites forcément arbitraires. La virtuosité comme expression suprême de la musique ne constitue qu’un phénomène historique circonscrit et non une dimension absolue de l’histoire de l’interprétation musicale.
Depuis que la musique s’écrit avec une certaine précision, il y a toujours eu, simultanément au souci naturel de “bien écrire pour les instruments”, une autre pulsion : un désir de libération par rapport au geste instrumental et à ses “tics”. Le célèbre emportement de Beethoven contre les interprètes de ses quatuors trop difficiles, donc, en un sens, “mal écrits” – « Je n’ai que faire de vos misérables cordes! » – en témoigne.
Il y a des musiques qui naissent de la pensée et non du geste. Toute interprétation ne saurait se baser uniquement sur la mémoire musculaire, sur ces fameuses “empreintes” que la fréquentation assidue du répertoire est supposée installer. Il y a bien des œuvres sans la moindre gamme – en tierces ou pas –, sans le moindre arpège – brisé ou pas –, sans la moindre “pompe” ou basse d’Alberti.

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