Les Sonates de Mozart : la profondeur et la grâce

Les dix-huit sonates de Mozart édifient un univers délicat, entre la mesure baroque et la grandeur romantique. Cette position entre deux mondes nuit à leur aura. Bien des pianistes les jugent non pas gracieuses mais graciles, non pas pudiques mais convenues… Pourtant, pour qui sait les entendre et aime les jouer, leur charme préromantique recèle l’intensité incomparable de ce qui sait s’exprimer à travers une extrême économie de moyens.

Bien que la renommée de leur auteur soit universelle et que Mozart représente à lui seul toute la musique pour le grand public, les sonates pour piano, que tous les étudiants en piano ont peu ou prou pratiquées, restent des œuvres mal aimées, peu jouées en concert. Pour bien des mélomanes et même des interprètes, elles ne tiennent pas la comparaison avec celles de Beethoven par exemple (on imagine mal un concertiste programmer dans un récital les trois dernières sonates de Mozart comme on le fait souvent avec les trois dernières de Beethoven !). A cela, une raison toute simple qui ne tient pas à la qualité intrinsèque des œuvres de Mozart. C’est que, pour une majorité des intervenants du monde musical – interprètes, organisateurs, public –, le piano, c’est avant tout le répertoire romantique. L’imposante “machine” est là pour atteindre aux cimes du sublime et de la virtuosité avec des œuvres grandioses ou profondes (de ce point de vue, certaines œuvres de Bach, comme les Variations Goldberg, font également bien l’affaire). Mais pas Mozart. Ou alors, ses rares œuvres qui laissent entrevoir l’avenir, comme la Sonate en la mineur K.310 ou la Sonate en ut mineur K.457 que l’on fera précéder de la Fantaisie en ut mineur K.475 pour disposer enfin d’une œuvre assez longue et grave pour concurrencer Beethoven et Schumann. Quant aux autres sonates de Mozart, elles passent pour de jolies bluettes pour jeunes filles de bonne famille ou pour de petits bijoux galants et rococos inaboutis. Le “divin Mozart” n’a pas vraiment confié à son instrument le fond et le tréfonds de sa pensée. Le “grand” Mozart, presque beethovénien, on le trouverait dans les grands concertos pour piano, les dernières symphonies, la musique de chambre, les grands opéras, le Requiem – mais sûrement pas dans les sonates de 1774.

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