La complexité mozartienne

Le lieu commun donne le “divin Mozart” pour le génie de l’évidence musicale, de la fluidité parfaite, de la signifiance et de l’expressivité transparentes… Mais la transparence n’est pas sans suggérer, pour certains,  une certaine absence de profondeur, de complexité. Mozart est pourtant aussi, et constamment, un musicien de l’opaque, du vertige. Exploration de quelques lieux sombres mozartiens…

Mozart est un musicien de la simplicité, de l’évidence. Il est réputé plaire aux enfants. Il est aimé pour sa manière ineffable de nous conduire vers l’innocence, la lumière scintillante et la gaieté. La grâce et la limpidité de ses thèmes, ses carrures
exquisément justes et pourtant
jamais raides, le caractère absolument indiscutable de ses harmonies, aussi légères que signifiantes, en font, tout particu­lièrement dans sa musique instrumentale et notamment dans ses sonates pour piano, ce fameux “ange musicien” qu’a chanté Poulenc. Non point un ange austère, célébrant de manière un peu grégorienne la gloire de Dieu, mais plutôt – sans que cela lui ôte pureté ni transparence – un chérubin souriant, insouciant et sacré. Telle est l’une des images de Mozart, le petit, le divin Mozart. Rien que des compliments, certes, que de l’émerveillement sans doute… Cependant, l’imagerie, sans le dire, le prive d’une certaine intériorité souffrante dont sont faits, dans une vision romantique et persistante, les vrais héros du grand art.

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