L’effervescence musicale du Paris de 1901

Remontons le temps musical tel qu’il s’est imprimé dans la presse spécialisée il y a cent ans. Surgissent alors pêle-mêle les noms de Dukas, artisan trop laborieux, de Beethoven, trop “vulgaire”, de Cortot, trop wagnérien, mais aussi d’Aubert, “le plus intéressant des jeunes”, ou de Lalo, le plus exquis… Pendant ce temps, on menace de soumettre les pianos – comme les baignoires – à l’impôt, tandis que Ravel appose la double barre finale à ses Jeux d’eau et Debussy à sa suite Pour le piano…

Un an après la grande Exposition universelle où les facteurs de pianos avaient fait assaut de nouveautés, un an avant la création de Pelléas et Mélisande de Debussy, la première année du 20e siècle en France fut foisonnante sur le plan pianistique. Elle ne connaît en revanche qu’un événement marquant sur le plan de la création : le 10 mai, Edouard Risler crée en effet à Paris l’immense et ambitieuse sonate de Paul Dukas, dédiée à Camille Saint-Saëns, avec un succès assez mitigé. Pour Pierre Lalo, critique au Temps, « il y a dans cette sonate plus de musique que dans la plupart des opéras. Et soyez assurés que beaucoup d’opéras auront passé quand cette sonate demeurera ». Plus sévère, Jean Marnold écrit dans Le Courrier musical : « On doit s’empresser de rendre hommage à l’effort représenté par cette vaste composition à laquelle Monsieur Dukas, d’après ses propres déclarations, travailla durant deux années. Le fâcheux est que, si sérieux et si peu commun qu’il se manifeste, on s’aperçoive cependant que c’est un effort. »

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