Bertrand Ott : à la recherche du son de Liszt

Bertrand Ott a consacré une grande partie de sa vie à comprendre et à décrire la technique pianistique de Liszt. Après l’avoir enseignée au Conservatoire d’Angers, il est maintenant invité en France et à l’étranger pour la faire découvrir, à l’occasion de récitals et de master classes. Il nous fait partager son itinéraire et présente les “trois dimensions” du jeu lisztien. Libre entretien musical et technique avec Sylvie Huguenin, elle-même enseignante et ancienne élève de Bertrand Ott.

La liberté perdue puis retrouvée. De professeur en professeur…, Bertrand Ott raconte ce qui ressemble à une sorte d’errance pianistique qui, grâce à sa rencontre avec Yvonne Lefébure et, surtout, avec Louis Hiltbrand, ancien assistant de Dinu Lipatti, se convertit heureusement en quête aboutie. Le terme de ce “voyage” est Liszt.

Avant de parler de votre parcours, j’aimerais savoir ce que veut dire pour vous “être musicien”.
Il y a trente ans, j’aurais dit : se sentir passionné par l’énergie sonore, se sentir plus en vie, plus dynamique… Aujourd’hui, c’est toujours être très sensible aux sonorités, mais pas d’une manière si exaltée. La musique doit réveiller en nous ce qu’il y a de meilleur : une forme d’authenticité, de sérénité et de profondeur dans le vécu. La musique parle en général de ce qui est vivant et des “pathologies” de la vie. Quand on manie des pathologies musicales, on doit chercher ce qu’il y a de positif en elles, quelles sont les causes profondes de la nervosité parfois rencontrée, mais ne pas jouer la nervosité pour elle-même. Il faut jouer la cause de la musique, plutôt que le symptôme. Si l’on attend de la musique une façon de mieux vivre et d’être plus équilibré, l’interprète est alors un guérisseur. En tout cas, elle doit être un témoignage de vie, non une surenchère.

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