Etudes-Tableaux de Rachmaninov : la clarté magique de la pédale tonale

La pédale dite “tonale” a été inventée au milieu du 19e siècle. Elle équipe essentiellement des pianos à queue et tarde à s’imposer dans les autres. Bien des pianistes considèrent que ce que représente son apport – possibilité de garder la résonance d’une seule “frappe” pianistique, et donc de combiner le jeu en résonance et le jeu “étouffé” – peut être également obtenu par un emploi savant de la pédale forte… Il n’en est rien : la clarté que permet cette invention est incomparable. Bernard Job, concertiste et pédagogue, le démontre ici avec les Etudes-tableaux de Rachmaninov.

Pendant ma carrière professorale, j’ai souvent constaté que les aspirants pianistes avaient une méconnaissance de la pédale tonale et de son utilisation. Celle-ci est rarement employée. Il existe, en effet, peu de pianos droits développant ce mécanisme, pourtant âgé de plus d’un siècle, alors que la quasi-totalité des pianos à queue en est actuellement pourvue. Les facteurs d’instruments semblent considérer que ce procédé ne présente pas un intérêt musical et commercial suffisant pour être généralisé sur des pianos de qualité. Ce parti pris ne permet pas aux enseignants de procurer aux élèves un affinage, un choix plus précis des fragrances sonores.
Certes, un pédagogue tel que Heinrich Neuhaus, professeur de Sviatoslav Richter et d’Emil Guilels, évoque la pédale tonale(1) en relativisant son intérêt : « Toutes les gradations entre le maximum et le minimum de la tenue d’une note ou de l’accord sont fonction de la pression qui est exercée sur la pédale. Un pianiste avisé peut obtenir, en sachant doser les demis et les tiers de pédale, les mêmes résultats que la troisième pédale… » Le petit “plus” apporté par cette invention s’avère pourtant essentiel. Le musicien doit, pour progresser, avoir une connaissance exhaustive des capacités de son instrument et l’approximation n’est aujourd’hui plus de mise.
Doit-on considérer que cette invention, fréquemment exploitée par la musique contemporaine, ne peut être utilisée dans d’autres répertoires qu’à dose homéopathique ?

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