Vladimir Ashkenazy, le juste son

Vladimir Ashkenazy fait partie de ces artistes dont la légende tient à la fois à l’art et à la géopolitique.

Issu du plus orthodoxe enseignement soviétique de l’époque stalinienne, élève de Lev Oborine au Conservatoire de Moscou, il profita du relatif dégel diplomatique et culturel qui caractérisa l’ère khrouchtchevienne. Au contraire de Richter, son aîné de vingt-deux ans, qui fut longtemps confiné dans les frontières de l’Empire, Ashkenazy put se faire entendre tout jeune en Occident. Son succès au Concours Chopin de Varsovie en 1955 lui valut un billet pour l’Ouest, en l’occurrence pour le Concours Reine-Elisabeth-de-Belgique où il obtint un premier prix l’année suivante. On a récemment publié l’enregistrement du Concerto en mi bémol de Liszt qu’il donna à cette occasion. La récompense était méritée, ce jeune homme de 19 ans était effectivement brillantissime, mais pas seulement. Par la suite, il effectua diverses tournées, notamment aux Etats-Unis et au Canada, avant de quitter définitivement l’URSS en 1963. Il tombait bien. Sa technique était transcendante, mais, au contraire d’un Horowitz, d’un Cziffra qui constituaient à cette époque le firmament du brio pianistique, ce brio, cette technique infaillible possédaient quelque chose d’objectif, de net, de précis que l’on n’avait guère connu  ni chez les Russes ni ailleurs.

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