Robert Schumann, le poète parle

Le merveilleux et malheureux Schumann tient une place à part dans l’histoire de la musique. Ce représentant du plus extrême romantisme a conduit l’écriture musicale du culte classique de la grande forme vers son éclatement contemporain, vers son renouvellement perpétuel.  Rêveur d’instants musicaux, de petites formes, fragile, papillonnant… Portrait d’un compositeur qui sut, dans ses éclats et miroitements, mais non sans douleur, être un “anti-Beethoven”…

Comme beaucoup de grands compositeurs classiques, Schumann est à la fois célèbre et méconnu. A ne considérer que sa production pianistique, si tout le monde connaît les Scènes d’enfants ou le Carnaval, bien d’autres œuvres de première importance comme les Novellettes, l’Humoresque, les Nachtstücke, pour ne rien dire des Images d’Orient, des Chants de l’aube, de la Sonate n°3 ou des Impromptus, restent assez confidentielles. Plus généralement, depuis un siècle et demi semble avoir été accréditée l’idée que Schumann fut un compositeur “de jeunesse”. On s’est beaucoup ému sur son idylle avec Clara Wieck. Par la suite, on s’est intéressé à la progressive dégradation de sa santé, la psychiatrie prenant alors le pas sur la musicologie. La plupart des œuvres ultimes de Schumann sont franchement ignorées, comme si des partitions composées par un homme souffrant de tels maux ne pouvaient être réussies. Et voilà comment on se débarrasse des ballades, des oratorios comme Le Pèlerinage de la rose et du magnifique Concerto pour violon, publié quatre-vingts ans après la mort du compositeur.

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