Quand Paris n’aimait pas Schumann

Pour un compositeur étranger, même ou surtout allemand, être reconnu à Paris n’est pas chose aisée… Si, au temps de l’Ancien Régime, Mozart a bénéficié du soutien de l’aristocratie, on a déjà vu dans Piano n°14 la réticence de la presse musicale parisienne à accepter Beethoven. Plus rude encore sera le traitement réservé à Schumann, qualifié pêle-mêle de clone de Wagner ou de Beethoven, de fantasque ou de fou… Une fois encore, c’est à Berlioz et à Liszt – mais aussi à la virtuose Clara – que Paris doit d’avoir su fêter le Carnaval et attrapé les Papillons. Adélaïde de Place retrace ici le chemin de croix parisien de Schumann.

Le critique Adolphe Botte, qui eut fréquemment la dent dure à l’égard de Schumann, reconnaissait pourtant en 1860 que « le piano porta presque toujours bonheur à Schumann. Il y trouva de jolies mélodies, de petits poèmes pleins d’unité et de goût dans lesquels son imagination semble bien plus libre, plus franche qu’elle ne l’est souvent dans ses symphonies. Plusieurs de ces courtes pages sont de vrais bijoux, quelques-unes sont de petits chefs-d’œuvre ».

Méfiance parisienne

Lorsque vers 1834 paraissent à Paris les premières éditions françaises des œuvres pour piano de Schumann, l’un des musiciens les plus purement allemands, celui-ci est surtout connu en France comme critique et écrivain, alors que le compositeur, jugé trop « inégal » et trop « obscur souvent », fait l’objet d’une certaine méfiance : « Robert Schumann est un compositeur avec lequel il faut compter, sans se presser, en y apportant une grande maturité de jugement », insiste un commentateur. Le même ajoute plus loin : « [Sa] musique demande assez généralement plus d’une audition pour être comprise. » C’est que l’amateur de musique français habitué à savourer les genres à la mode, tels que romance, pot-pourri, impromptu, fantaisie, mais peu familier de Jean-Paul ou d’Eichendorff, se montre assez peu sensible à la poésie schumannienne, aux paradoxes du musicien, à la densité de son écriture, difficiles, semble-t-il, à appréhender. Le peintre Jean-Joseph Bonaventure Laurens, ami et admirateur de Schumann, a résumé une partie du problème en présentant Schumann comme un grand compositeur, mais non comme un compositeur populaire.

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