Le répertoire pour deux pianos, quatre siècles de musique

Le développement des compositions pour deux claviers est directement liée à l’apparition, au 20e siècle, de duos qui l’ont défendue en tant que telle. En ne considérant que les pièces originelles – sans les transcriptions, arrangements, réductions et multiples pièces de salon – on ne peut que constater l’évidence : à peine une trentaine de pièces en trois cents ans, face à une soudaine profusion au siècle dernier.

Deux claviers baroques

D’un point de vue historique, la plus ancienne composition pour deux claviers clairement identifiée comme telle est une courte pièce pour deux virginals répondant au titre prosaïque de For Two Virginals. Ecrite par Giles Farnaby (c.1563-1640), un contemporain de William Byrd, elle est publiée au sein du Fitzwilliam Virginal Book dévolu à la musique pour virginal des 16e et 17e siècles.
Réunir deux clavecins peut apporter plusieurs solutions musicales à l’interprète de l’époque. La fameuse question des nuances n’a trouvé que des réponses partielles avec les adjonctions de jeux, les doublements des cordes et des claviers. Si ces subterfuges modifient le timbre et la couleur, ils permettent certes de créer des nuances piano ou mezzoforte, mais sans gradation aucune. L’association de deux clavecins, loin d’être idéale, représente un premier pas vers plus de contrastes. Giovanni Gabrieli (1557-1612) explore cet effet dans sa Sonata Pian’ e Forte dont on pense qu’elle a été composée pour les deux orgues de la basilique Saint-Marc de Venise. Le duo de claviers devient rapidement un tremplin pour l’imagination polyphonique des compositeurs. Il est un succédané de l’orchestre réduit à deux interprètes. La meilleure illustration en est la Symphonie à deux clavecins, au titre explicite, d’Armand-Louis Couperin (1721-1789). « L’orchestre, c’est moi » n’aura pas été qu’un adage lisztien.

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