Claude Debussy, la volupté sonore

Debussy apparaît, dans le cours de la musique française, comme un météore venu de nulle part, apportant une liberté et une sensualité inconnues jusqu’alors. Au piano, il invente dans tous les domaines : rythme, harmonie, forme, toucher pianistique.

Si l’on considère la situation de la musique pianistique en France vers 1880, au moment où le jeune compositeur achève ses études, rien, ou peu de chose, ne parvient à expliquer cette esthétique résolument personnelle. Le piano, instrument de la bourgeoisie, grande et petite, a triomphé. Pas une famille qui se respecte qui n’en possède un et qui ne le fasse étudier à ses enfants. Cela entraîne forcément une demande considérable. De très nombreux compositeurs fournissent industriellement cette clientèle. Les plus en vue, à un autre niveau, s’orientent dans deux directions principales, la virtuosité séduisante et l’austérité d’inspiration germanique. Dans la première catégorie, Camille Saint-Saëns tient le haut du pavé, fabriquant des œuvres brillantes mais volontairement superficielles dont on pu dire qu’il s’agissait là de musique pour clavier plus que de musique pour piano. A l’autre extrémité, les disciples de César Franck et le Pater Seraphicus lui-même tentent de concurrencer l’Allemagne sur son propre terrain, organisant de savantes architectures pianistiques, dont Prélude, choral et fugue et Prélude, aria et finale de Franck représentent les points culminants, réunissant Bach et Beethoven. Quelques pionniers, assez isolés, tentent d’autres voies. Le plus audacieux serait sûrement Emmanuel Chabrier, avec son humour roboratif (Joyeuse marche, Bourrée fantasque), mais aussi ce que l’on pourrait appeler son impressionnisme, tentant d’échapper aux diverses férules académiques pour suivre son bon plaisir, capter des sonorités inédites (Pièces pittoresques). Gabriel Fauré, quant à lui, poursuit la lignée d’un Chopin ou d’un Mendelssohn avant d’infuser des harmonies de plus en plus étranges en des formes éprouvées.

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