Sergueï Prokofiev : un révolutionnaire (encore) à découvrir

Alors que ses huit opéras viennent tout juste d’être gravés, la musique pour piano de Prokofiev (1891-1953) est encore négligée par les pianistes, cinquante ans après la disparition du compositeur. Relégué pendant des décennies au rang de musicien secondaire, Prokofiev appartient comme Chostakovitch à une génération d’artistes méconnus et sacrifiés sur l’autel d’une pseudo-modernité. L’analyse de la trentaine d’opus de son catalogue révèle toutefois une diversité et une richesse d’écriture qui les place au centre de la production musicale du 20e siècle.

Ecouter quelques mesures suffit pour identifier une œuvre de Prokofiev. Son écriture nous interpelle et nous dérange. En effet, si les harmonies de Debussy, de Ravel ou de Rachmaninov se conçoivent avec évidence pour le piano, les timbres, les couleurs de l’écriture de Prokofiev font encore hésiter bien des pianistes. La raison en est simple : pour Prokofiev, le piano n’est qu’un instrument parmi d’autres. Chez les compositeurs précédemment cités, l’œuvre ne peut se concevoir sans le piano. L’écoute des transcriptions pour orchestre de la Petite Suite de Debussy, d’Alborada del gracioso de Ravel nous réjouit, mais ne nous satisfait pas pleinement. Nous revenons bien vite à l’original.

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