A la recherche du son perdu : les pianos à rouleaux

Au début du 20e siècle, le “pianota” — le piano à rouleaux — servait d’électrophone. Mais il y a pianota et pianota… · L’histoire de ces technologies au destin éphémère, qui nous ont conservé le jeu des grands pianistes d’autrefois.

La génération Chopin, les derniers élèves de Liszt, l’Ecole de Paris enregistrés en temps et sons réel : c’est possible. Le piano est là pour le confirmer. Aucun autre instrument ne fut ainsi mêlé à l’histoire de la prise de son. Equipé d’un système pneumatique, il répondit au double problème de l’enregistrement et de la lecture. Impuissant, le phonographe lui céda la place pour un temps.
« Alors, pour changer le cours de mes pensées… je lui demandais de me faire un peu de musique. Je restais dans mon lit et elle (Albertine) allait s’asseoir au bout de la chambre devant le pianota. » Bel exemple de mot déposé devenu nom commun ! Même Proust (A la recherche du temps perdu : La Prisonnière) sacrifia à l’usage. Il n’est pas avéré qu’il posséda un Pianola, modèle exclusif de la marque Aeolian Company. La suite confirme en revanche que, comme tout bourgeois des années 10, il entendait pouvoir écouter de la musique vivante à domicile sans que lui-même ou Albertine ait été obligé d’apprendre à jouer du piano. Mais, au-delà de ce rôle domestique, le piano automatique remplit l’honorable mission de reproduire la musique enregistrée par les plus grands virtuoses des trente premières années du siècle. Edison avait bien inventé le phonographe, mais l’enregistrement et la reproduction du piano posaient encore des problèmes insurmontables. Or, la vogue du piano avait déjà conduit certains facteurs à en faire un instrument automatique. L’engouement dont il faisait l’objet atteignit ainsi des sommets profitables dans sa cote de popularité.

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