In memoriam : Nikita Magaloff

Le monde musical a profondément ressenti la disparition du grand pianiste russe. Nikita Magaloff est mort le 26 décembre dernier. Une page de l’histoire du piano s’est bel et bien refermée définitivement. Que le souvenir commence…

Les sceptiques se récrieront. On dit cela à chaque disparition d’un grand. Vladimir Horowitz, Jorge Bolet, Rudolf Serkin, Claudio Arrau, Wilhelm Kempff nous ont quittés ces dernières années, et la planète du piano continue de tourner. Et après tout, Shura Cherkassky, Earl Wild, Vlado Perlemuter nous restent encore pour témoigner d’un temps qui n’est plus. Certes. Mais au-delà de ses qualités d’interprète, de sa riche expérience de la vie et de Nikita Magaloff représentait un style.
C’était une culture immense, une affabilité et une générosité sans bornes dont ses élèves garderont le souvenir. Sa maison des hauteurs de Montreux, au dessus du lac de Genève était un temple de l’intelligence et de la sensibilité, un lieu habité. Par les fantômes de Josef Szigeti, son beau-père, avec qui il fit tant de musique de chambre ; de Clara Haskil, d’Ernest Ansermet, de Wilhelm Furtwängler qui le fréquentèrent. Le cadre était d’une beauté magique, et Philippe Cassard pouvait écrire que c’était là « le refuge d’une certaine idée de la musique, d’un certain art de vivre en voie de désagrégation » Jean-Marc Luisada, qui le fréquenta parmi les derniers, notait que « la seule conversation de Magaloff était inspirante pour les six mois à venir, même si l’on ne jouait pas. »

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