Marie Jaëll et la révolution du toucher

A la fin du siècle dernier, la pianiste Marie Jaëll a jeté les base d’une psychophysiologie débouchant sur une méthode du toucher tout à fait originale et novatrice.

Dès son enfance, Marie Jaëll se pose des questions. Et elle s’en posera toute sa vie. L’ensemble de sa correspondance tout comme son journal sont, à ce titre, tout à fait révélateurs. A 26 ans, elle écrit à sa sœur Caroline : « Je suis toujours préoccupée par des travaux que je dois entreprendre, des progrès que je dois réaliser. Mon jeu ne me contente que de loin en loin et par fragments, rarement dans l’ensemble. Je découvre toujours des lacunes. »
Son mysticisme lui fera idéaliser l’art, se rapprocher de Dieu, douter de lui, douter d’elle-même et développer une dialectique incessante entre le cœur et la raison, entre la religion et la science, entre l’art et la science en y établissant de nombreuses passerelles. « Pourquoi les idées philosophiques me poursuivent-elles partout ? s’interroge-t-elle. Elles se reflètent dans tout ce que je fais. Etre simplement artiste, je ne le puis même pas. Mon art lui-même ne me semble qu’un symbole éternel de l’infini dans lequel nous plongeons sans cesse nos regards aveugles ». Et d’avoir aussi cette très belle formule : « Si l’on veut vivre, il faut naître de soi-même. » Elle se place ici sur un plan que l’on pourrait dire global et qui ne sera évidemment pas sans influence sur ses élèves, à commencer par l’un des plus illustres, Albert Schweitzer, qui reconnaît sans son autobiographie devoir « tant à cette femme géniale ! »

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