Murray Perahia, la réflexion créatrice

Pendant deux ans, Murray Perahia a été tenu éloigné du piano. L’étude d’ouvrages sur la composition a changé son approche de la musique.

Votre parcours est assez différent de celui que suivent traditionnellement les pianistes. Pour commencer, à dix-sept ans, vous décidez de quitter le professeur avec qui vous aviez travaillé pendant onze ans, Janet Haien, pour continuer à étudier seul. Rétrospectivement, trente ans plus tard, comment analysez-vous les conséquences de cette décision sur votre carrière ?
Je n’ai jamais essayé de faire cette analyse globale de ma vie, mais je pense qu’il y a en moi un fort penchant à la rébellion. Je m’efforce de voir toute chose par moi-même, je l’ai toujours fait et continue à le faire, ce qui exige beaucoup d’honnêteté et de courage. Je pense que la décision de me séparer de mon professeur était bonne et que j’aurais même dû la prendre trois ans plus tôt. Mais les choses doivent mûrir longuement en moi avant que je passe à l’acte. Mon professeur était loin d’être mauvais. Seulement elle exigeait la perfection ; c’est un objectif louable, mais qui ne peut être valable pour quelqu’un de jeune. J’aurais dû, à l’époque, faire plus de technique et, surtout, élargir mon répertoire. Je passais des mois sur la même sonate de Beethoven, la Pastorale op.28, que je finissais par détester. L’essentiel de mon répertoire, je l’ai acquis après le Concours de Leeds, quand j’avais déjà vingt-cinq ans. Grâce à Dieu, j’apprends vite !

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