Jean-Sébastien Bach, naissance de la fugue instrumentale

Les magistrales fugues du Clavecin bien tempéré prennent leur source dans le contrepoint, c’est-à-dire dans les lignes lentes, stables, conjointes – en un mot vocales – de l’ancien “ricercare”. Comment la virtuosité instrumentale propre aux fugues de Bach a-t-elle pu en sortir ? Hypothèse : la technique du Cantor aurait définitivement mis à mort le contrepoint pour lui substituer la musique de développement…

Dans les Fantaisies, Préludes et Fugues, Bach semble avoir scellé le secret d’un ordre ancien que son œuvre devait définitivement ensevelir. Deux fugues – en do majeur de la BWV 946 et en ré mineur de la Chromatische Fantaisie und Fuge BWV 903 – rendent un dernier hommage à un monde musical organisé autour de deux pôles inconciliables : la musique vocale, statique, répétitive (ricercare) et le style instrumental, virtuose, instable, périlleux (fantaisies, préludes…).
Dans Le Clavecin bien tempéré, plus particulièrement, Bach opérera la fusion de ces deux pensées musicales opposées, créant la fugue instrumentale. Par l’emploi de contre-sujets, de doubles thèmes, il éradiquera la répétition pour lui substituer le développement. Dans son œuvre immense, il parcourra tous les points de la courbe qui sépare l’univers de la Renaissance de celui de l’ère classique (Bach n’effectue pas ce parcours de manière chronologique, étape par étape, comme selon une évolution progressive et continue, mais comble le fossé séparant ces deux mondes au gré, semble-t-il, de la nature des thèmes de fugues choisis : il y a les siens, il y a les hommages, il y a sans doute quelques hasards ou quelques humeurs…).

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