Anton Rubinstein et l’école russe de piano

Passionné par la vie, débordant d’activités, Anton Rubinstein (1829-1894) fut à la fois pianiste, professeur, concertiste, compositeur, chef d’orchestre et administrateur. Il fut d’abord et surtout le père de l’école russe de piano.

Anton Grigorievitch Rubinstein est décédé en novembre 1894, il y a cent ans. Peu de jours avant qu’il ne célèbre son 65e anniversaire dans sa résidence de Peterhof (1). Musicien russe d’ascendance polono-allemande, il appartenait à une famille de marchands juifs qui se convertirent au christianisme à Berditchev en 1831. C’est son père qui décida de venir à Moscou pour ouvrir une petite fabrique de crayons. Et son premier professeur de piano fut sa mère. Tradition familiale oblige, Rubinstein se retrouve très tôt sur les routes.
C’est en 1839, à l’âge de dix ans, que Rubinstein donne son premier concert. Il apparaît comme un enfant prodigieusement doué. Son professeur Villoing l’accompagne ensuite dans une tournée à travers l’Europe — l’enfant prodige continuait d’être à la mode. A Paris, il rencontre Chopin et Liszt — ce dernier refusa d’ailleurs de lui donner des cours alors qu’il avait accepté des élèves beaucoup moins brillants. Mais Liszt avait parfaitement su apprécier ses immenses talents…
A Londres, la reine Victoria en personne le reçoit. Puis il se rend en Norvège, en Suède, visite la Prusse, descend en Autriche. Les Rubinstein s’installent à Berlin où Anton fait la connaissance de Mendelssohn. Il y reste de 1844 à 1846, année où son père meurt. La famille Rubinstein repart alors en Russie et Anton passe deux années à Vienne, vivant des seules ressources que lui procurent les cours qu’il donne. A son retour en Russie, au début de l’hiver 1848, la grande-duchesse Elena Pavlovna le prend sous sa coupe. Rubinstein se plaisait à dire qu’il était son cocher, son likhatch musical. Il jouait au cours de soirées, souvent en présence du tsar et de la famille impériale. On raconte qu’il a toujours beaucoup apprécié les femmes élégantes des cours ; les dédicaces de ses œuvres en témoigneraient : baronne Emma de Wohnnann, princesse Alphonse de Chimay, Gisella de StadionThan-Warthausen…

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