Paul Le Flem, les musiques de la mer

L’œuvre subtile et colorée de Paul Le Flem (1881-1984) compte au nombre des réussites les plus incontestables de l’impressionnisme musical. Peu nombreuses, ses pièces pour piano donneront à l’amateur de bon niveau les clefs du royaume des fées et des korrigans, avec cette éternelle inspiratrice et confidente du grand musicien breton : la mer.

Avec son ciel changeant, l’immensité mystique de sa lande et de ses collines sacrées, la profondeur chargée de mystère de ses forêts, et à l’arrière-plan le miroitement d’une mer striée de moires d’azur, la Bretagne est la terre d’élection des fées. Comme l’écrit Ernest Renan, « le Celte s’est toujours acharné à confondre le rêve et la réalité ». Cette capacité infinie d’évasion dans le rêve marque profondément l’œuvre des artistes bretons. Décrypter les symboles et le message qui se dissimulent au-delà du prosaïsme de la vie quotidienne est une démarche commune à beaucoup d’artistes du début de ce siècle, qui est inséparable de l’attitude artistique habituellement désignée sous le terme d’impressionnisme. Il n’est pas étonnant que certains compositeurs bretons puissent se réclamer de ces courants esthétiques (1) : plus que tout autre, l’œuvre de Paul Le Flem propose une incursion dans le “Bois Sacré” du rêve. Là réside sans doute sa fascination. Son auteur ne fut pas seulement un grand compositeur breton, et une figure majeure de l’Impressionnisme musical : poète et artiste avant tout, il appartient à la race des créateurs à qui il est donné de percevoir le “rythme du monde” cher à Debussy.

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