Scriabine, le piano prophète

Soixante-quatorze numéros d’opus, dont la très grande majorité est destinée au piano seul : l’œuvre du compositeur russe Alexandre Scriabine (1872-1915) peut sembler facile à appréhender ! Il suffit pourtant de se pencher sur une sonate ou même un simple prélude pour découvrir, en évoquant un mot de Stefan Sweig, « l’infini, un monde aux astres mouvants et dont les sphères résonnent d’une étrange harmonie ».

Le clavier fut, pour Scriabine, le confident privilégié d’une pensée musicale singulière. L’auteur de Prométhée ne concevait en effet son activité de compositeur qu’en fonction du message qu’il désirait transmettre ; de la mission dont il se sentait investi. Cet aspect a été la source de préjugés tenaces qui souvent dissuadent les mélomanes de partir à la découverte d’un univers sonore captivant. Sans doute, la philosophie du “poète de l’extase” doit-elle parfois être considérée d’un œil critique, mais il est tout aussi évident qu’une approche qui ferait abstraction de la dimension mystique du génie scriabinien conduirait à l’impasse. Car l’expérience spirituelle a été chez ce créateur le moteur d’un parcours esthétique synonyme de liberté et d’audace.
Musique et pensée en devenir, en « action » ; la production du maître russe se prête mal à l’étiquetage et aux dissections propres à l’étude musicologique. Les horizons immenses qu’elle dévoile invitent à la modestie et les lignes qui suivent ne prétendent aucunement à l’exhaustivité. Elles s’attacheront à poser quelques jalons indispensables à la compréhension de la cosmogonie du maître russe et à celle de son langage musical.

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