Le piano de Fauré : entretien avec Jean-Philippe Collard

Il faut un certain courage pour programmer Fauré dans un récital ! Cette musique intime, qui ne cherche aucun effet, n’attire pas les foules… elle est aussi difficile à jouer qu’à garder en mémoire. Et pourtant, c’est un bonheur.

Vous avez commencé très tôt — il y a vingt ans déjà — à enregistrer Fauré, pour réaliser finalement l’intégrale de son œuvre pour piano. Comment est né votre attachement pour Fauré ? Que représente-t-il dans votre carrière ?
Le choix de mon premier enregistrement chez EMI, les Barcarolles, s’est fait au terme d’une longue réflexion entre ma maison de disques et moi-même. Et ce choix a été fonction d’une série de paramètres : le catalogue, dont Fauré était absent, mon image de pianiste, mes aptitudes personnelles et mon attirance pour sa musique. J’appartiens à une famille qui a toujours vénéré la musique, dans une forme que l’on ne pratique plus guère aujourd’hui : la musique en famille, dans le petit cercle d’amis, le dimanche après-midi. La musique de chambre, tout simplement. Et, quand j’étais enfant, j’ai entendu beaucoup de Fauré ; j’ai été inconsciemment imprégné de sa musique pour laquelle j’ai éprouvé ensuite un goût profond. Sans doute, aussi, me correspondait-elle. J’ai eu le sentiment d’avoir quelque chose à lui apporter. Et c’est parce que les Barcarolles ont connu un certain succès qu’EMI m’a demandé de continuer et d’enregistrer cette intégrale. Cela dit, je ne joue plus tout à fait Fauré comme je le jouais au début, avec beaucoup de retenue, de pudeur, de timidité même. Je crois avoir un peu changé depuis vingt ans.

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