Samson François, le passant qui rêvait tout haut

Les grands artistes naissent d’une chimie complexe, secrète : Samson François — l’aventurier de la sensibilité — sera l’un d’eux, un pianiste divin, obscur, tourmenté et fantasque… Ses intégrales de Chopin, Ravel et Debussy — cette dernière ayant été interrompue par sa mort en 1970 — confirment une sonorité légendaire.

Le pays des merveilles

Il y a le ciel, le soleil, la mer… les fastes de Nice dans les années 1930… des heures passées dans l’eau, l’école et le Conservatoire, dont le jeune Samson sort en juin 1935 avec un premier prix de piano. Il a 11 ans et vient de vivre quelques mois de répit. Ils succèdent aux années d’errance auxquelles l’ont condamné ses parents, le traînant de Francfort (où il est né en 1924) à Belgrade, puis à Gênes, à Lyon, à San Remo et enfin à Nice. Car son père change de travail et de résidence sans raisons précises, en dépit de la légende qui l’a fait consul.
Samson, enfant prodige, blessé par les réalités d’un quotidien difficile et la mort brutale de son père, livré à lui-même à peine adolescent, se forge alors un monde à lui. Il s’invente une autre famille, idéalise l’image de son père et se place définitivement à côté du réel. Il devient ce personnage que tous ses proches s’accordent à reconnaître insaisissable et dont chaque acte sera un défi lancé à tout ce qu’il n’accepte pas de la condition humaine, cet éternel déraciné qui ne veut pas et ne sait pas profiter des appuis que lui offrent ceux — femmes ou amis — qui l’aiment. Ils sont nombreux, tant sa séduction est grande et tant il met de soins, lui, à séduire, trop animé qu’il est par la peur de déplaire. Mais il n’a pas l’intention de donner, encore moins de se donner ou de se poser. Il se veut “vacant”, c’est-à-dire disponible. Vit à l’hôtel, même marié, et fuit tout ce qui a caractère de définitif. Son but : détruire les preuves que le temps passe. La solution ne serait-elle pas de vivre à l’envers (la nuit) ou en perpétuel mouvement ?

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