Brigitte Engerer, diva française du piano

Pianiste très demandée, Brigitte Engerer multiplie les concerts en France où elle a recentré sa carrière. Sa double formation y est pour quelque chose. Passée du Conservatoire de Paris au Conservatoire de Moscou où elle resta neuf ans, elle a développé une approche personnelle de la musique et du métier de pianiste, qui lui permit d’être remarquée par Herbert von Karajan et de faire ses débuts avec l’Orchestre philharmonique de Berlin. Outre les récitals et les concertos, elle apprécie la musique de chambre et tout particulièrement les duos de piano. Entretien.

On commence par les origines. Comment êtes-vous venue au piano ?
Dans mon enfance, j’habitais en Tunisie. Mais ma famille n’était pas du tout musicienne. Il paraît que lorsque nous étions en visite chez une tante – je devais avoir moins de 4 ans –, je prenais un petit piano-jouet et je m’enfermais dans la salle de bains pendant des heures pour en jouer (je devais trouver l’acoustique impressionnante). Voyant cet enthousiasme, ma mère me fit prendre des leçons chez un professeur. Au bout d’un an et demi, il lui avoua qu’il se sentait lui-même dépassé. Et là, il s’est passé une chose extraordinaire, qui fait que je crois beaucoup au hasard, le hasard qui fait que les choses se passent comme elles doivent se passer. Dans Elle, ma mère lit un article sur une jeune élève de Lucette Descaves, qui était alors un des grands professeurs de piano du Conservatoire. Ne sachant comment l’atteindre, elle lui écrit une lettre, par l’intermédiaire de la rédaction de Elle, pour lui expliquer que sa fille de 5 ans était particulièrement douée. Elle voulait des conseils. Lucette Descaves nous demande de venir la voir, et nous voilà parties pour Paris. Elle m’entend, me fait jouer je ne sais plus quoi. Et comme nous ne pouvions pas rester, elle me donne un plan de travail pour quatre ou cinq mois, en demandant à ma mère de revenir après ce délai, tout en précisant que, tôt ou tard, il serait mieux de venir s’installer en France. Ce premier contact a été formidable. Ainsi, pendant quelques années, nous avons poursuivi ces allers et retours entre Tunis et Paris, jusqu’à ce que les événements liés à l’indépendance nous incitent à partir définitivement. En fait, nous aurions pu rester, comme de nombreux Français, car les événements n’ont pas eu le caractère tragique qu’ils ont connu en Algérie. Mais je crois que, pour ma mère, ce fut un bon prétexte pour se fixer à Paris.

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