Franz Liszt, emblème du romantisme européen

Né, dit-on, lors du passage d’une comète, il fut l’astre de son siècle qu’il couvrit presque en son entier. Enfant de la “génération 1810”, à sa mort en 1886, Debussy, Scriabine et Schoenberg attendaient déjà leur heure… Virtuose inouï, compositeur prolifique et divers, inventeur du récital, il fit du piano l’égal de l’orchestre et du grand opéra.

A sa naissance, il s’appelait Ferenc. Pour des raisons personnelles sur lesquelles on reviendra, Vladimir Jankélévitch, qui l’a beaucoup commenté, l’appelait François. Mais, généralement, on le prénomme Franz. Ces considérations anecdotiques sur le prénom d’un des plus grands romantiques montrent assez qu’il fut un compositeur de la limite. Limite entre les fonctions : il fut pianiste, pédagogue, compositeur, religieux. Limite géographique : il est né d’un père hongrois et d’une mère d’origine autrichienne, aux confins de l’Autriche et de la Hongrie.
Si l’on considère le compositeur, il incarne tour à tour les esthétiques les plus opposées. On trouvera chez lui la plus vigoureuse hystérie romantique, celle qui fait se pâmer les belles auditrices, celle d’un piano – si l’on peut dire – “paganinien”, celle de l’exploit digital. Mais à l’autre extrémité de sa carrière, dans les sobres pièces de ses dernières années, le voilà ouvert sur l’avenir, sur Debussy, sur Bartók, sur Schoenberg. Et entre les deux, il incarne pour l’école allemande le musicien de l’avenir, mieux que Wagner peut-être, celui qui saura dépasser la symphonie dans le poème symphonique, mais aussi, pourrait-on dire, dans le poème pianistique avec son chef-d’œuvre, la Sonate en si mineur où il intègre en un immense mouvement unique l’esprit de la sonate classique, celui de la rhapsodie et de la variation infinie.

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