Josef Haydn, prince de la sonate

Joseph Haydn fut, durant la plus grande partie de sa vie, le serviteur – et traité comme tel – des princes Esterházy en Hongrie. Cette ­servitude avait pour contrepartie la mise à sa disposition d’un orchestre, d’un opéra… et carte blanche pour le compositeur ! Toute sa musique ­reflète une absolue liberté, une générosité sans limites… et, pour le piano, un classicisme équilibré et souriant qui n’exclut pas une émotion discrète. Un juste ton difficile à trouver pour le pianiste d’aujourd’hui.

L’an dernier, nous célébrions ici Franz Liszt. A priori, l’esthétique ultraromantique de Liszt n’a rien à voir avec celle de Haydn ; d’ailleurs, quatre-vingts ans les séparent. Lorsque l’un mourut, l’autre allait naître. Ils partagent pourtant le terroir et l’ancrage social de leur art. Le petit village de Rohrau, en Basse-Autriche, dans la vallée de la Leitha, où Haydn naquit en 1732, n’est pas très éloigné de Raiding, où Liszt vint au monde en 1811, mais le premier est aujourd’hui en Autriche et l’autre en Hongrie. A l’époque, cela ne changeait pas grand-chose, d’autant que le père de Liszt était intendant des propriétés du prince Esterházy, qu’Haydn servit pendant toute sa carrière. Sociologiquement, si Liszt père avait déjà un statut relativement privilégié, il n’en était pas de même du père de Haydn, qui était charron. L’histoire de Haydn représenterait donc un bel exemple d’ascension sociale ? En fait, une telle promotion était peut-être moins rare qu’on ne le croit. Gluck, né une demi-génération plus tôt, était fils d’un garde forestier et chacun sait que le premier Bach musicien était aussi meunier. Cela dit, officiellement du moins, Haydn resta toute sa vie un domestique.

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