Haydn : Comment travailler la Sonate n° 59

Sonata per il Forte-piano composta per la stimatissima Signora Anna de Jerlischek
« J’informe Votre Grâce de ce que Mademoiselle Nanette m’a commandé pour Votre Grâce une nouvelle sonate pour piano qui ne doit tomber en aucune autre main… Je me réjouis de cette commande, Votre Grâce recevra cette sonate dans quinze jours au plus tard. Ladite Mademoiselle m’a promis de l’argent, mais Votre Grâce comprendra aisément qu’il ne saurait en être question, ma plus grande récompense sera toujours d’apprendre que j’aurai mérité quelque applaudissement, en attendant, je reste… Jos. Haydn, mppria »

Qu’en termes élégants, ces choses-là sont dites… ! A n’en pas douter, à l’époque de Haydn, l’on usait de formes policées pour écrire ! C’est bien par ces mots que, le 6 juin 1790, Joseph Haydn adressait à Marianne von Genzinger ses chaleureux remerciements pour une commande qu’elle venait de lui faire, donnant ainsi naissance à la Sonate en mi bémol majeur Hob XVI. 49.
Mais tout d’abord, faisons le point sur Haydn. En 1761, après avoir été musicien attitré du comte Morzin, Joseph Haydn entrait au service de la grande famille des Esterházy. Le 1er mai de cette même année, il signait son contrat avec Paul Anton
Esterházy, puis notre compositeur servira son successeur, le prince Nicolas “le Magnifique”, pendant vingt-huit ans.
Quant à Marianne von Genzinger, qui nous occupe plus particulièrement puisqu’elle est commanditaire de notre sonate, elle était l’épouse du Dr Peter Leopold Genzinger, médecin personnel du prince. Dans le salon musical du couple (où se produisit Mozart, le fait mérite d’être souligné), Haydn fut non seulement bien reçu, mais il trouva l’ambiance d’un véritable foyer.
Des relations épistolaires se tissèrent bientôt entre Haydn et cette excellente musicienne, femme de haute culture et de première finesse. Elle fut pour lui, aux dires d’un biographe, « une révélation aussi grande que l’avait été Mozart. Jamais auparavant, commente Hugues, il n’avait rencontré une femme dont la beauté s’alliait à une telle culture, une telle compréhension, une telle bonté, une telle chaleur. Enfin quelqu’un avec qui il pouvait communiquer sans réserve ». Un témoin raconte aussi : « Haydn semble avoir non seulement apprécié les qualités artistiques de cette dame, mais éprouvé pour elle des sentiments plus tendres. »

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