Dimitri Chostakovitch ou le piano inclassable

L’œuvre de Chostakovitch (1906-1975) est liée aux drames d’un pays et d’un peuple. Bien que modeste sur le plan quantitatif, son répertoire pour le piano n’a pas été épargné par les soubresauts de l’Histoire. L’enchevêtrement des esthétiques en témoigne : académique, révolutionnaire, (anti) romantique, néoclassique, sériel parfois, le piano de Chostakovitch révèle un kaléidoscope d’écritures des plus fascinants.

Au sein d’une famille modeste d’origine polonaise, une mère pianiste prédisposa certainement le jeune Dimitri Dimitriévitch Chostakovitch à étudier le piano. Grâce à la recommandation d’Alexandre Glazounov, il fut accueilli au Conservatoire de Saint-Pétersbourg dans la classe de Leonid Nikolaiev. L’élève révéla des prédispositions d’autant plus remarquables qu’il se passionna très jeune pour l’improvisation et la composition.
Sa formation musicale s’acheva quand il eut 19 ans. A l’examen de sortie du Conservatoire, il présenta sa 1re Symphonie. Tout en reconnaissant l’originalité de l’écriture, le jury fut interloqué par les dissonances et le caractère ironique de la partition. Les relents mahlériens déplurent fortement aux musiciens conservateurs comme Glazounov, mais provoquèrent un électrochoc parmi la jeune génération de musiciens soviétiques. L’œuvre marqua le début de sa reconnaissance internationale, alors que le jeune compositeur devait accompagner au piano les films muets pour survivre ! Il ne se doutait pas que ce travail peu valorisant allait servir par la suite toute sa production musicale.

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